Harcèlement au travail : tous coupable ?


Après un teasing insoutenable qui vous a laissé le souffle court et le coeur palpipant (ahum), je vous propose de poursuivre notre réflexion sur le harcèlement au travail. Comment le repérer ? Comment agir ? Comment prévenir ? C’est à toutes ces questions que je vais essayer de répondre.

Le harcèlement, repérer, agir, prévenir

En tant que collègue, quels sont les signes qui doivent m’alerter ?

Mon collègue a des problèmes relationnels

Il est mis à l’écart du reste du groupe, parfois même placé dans un bureau à un autre étage, on lui coupe la parole en réunion, on l’ignore ou on lui crie régulièrement dessus, on fait courir des rumeurs à son sujet, on le disqualifie, on le culpabilise…

Mon collègue est empêché de travailler correctement

Il ne reçoit pas les informations ou alors trop tard, n’est pas convié aux réunions, ne dispose pas des mêmes conditions matérielles que le reste de l’équipe, est privée de toute autonomie, est critiqué dans son travail de façon disproportionnée, hérite des taches ingrates, se voit fixer des objectifs hors d’atteinte ou subit des pressions pour ne pas faire valoir ses droits (congés, pauses etc…)

Mon collègue est atteint dans sa dignité

Il est régulièrement moqué, il fait l’objet de gestes de mépris, est discrédité, sa vie privée est divulguée et jugée, il est injurié, sa vie personnelle n’est pas respectée (appel le soir ou pendant les vacances), les conversations cessent lorsqu’il rentre dans une pièce, on ne tient pas compte de ses problèmes de santé…

De manière plus générale, dès lors que vous observez qu’un de vos collègues est mis à l’écart, que son attitude change, que son aspect physique change également (ex : perte ou prise de poids), qu’il se plaint régulièrement de troubles somatiques (mal au dos, insomnies, céphalées), il devient triste ou agressif, il faut s’inquiéter.

Mon collègue est victime de harcèlement, que faire ?

Une personne victime de harcèlement est une personne en grande souffrance et en grande fragilité. Attention, je ne dis pas qu’elle est, par essence, fragile, mais plutôt que le harcèlement a fait son travail et que chaque coup a fragilisé l’ensemble. Il n’y a rien de pire que le jugement déguisé en conseil, le fameux yakafokon. Vous pensez bien que si la personne était en capacité de dire stop, elle l’aurait fait il y a longtemps.

Lorsque je forme du personnel au harcèlement, j’aime faire le parallèle avec les femmes battues. Le procédé est exactement le même et il permet de mieux comprendre. A l’instar d’une femme battue, une personne victime de harcèlement est sous l’emprise du harceleur. Dans certains cas graves, la victime n’a même pas conscience de se faire harceler. Son intégrité a tellement été attaquée que la victime pense que ce qui lui arrive est normal.

  • Ne pas fermer les yeux. En tant que collègue, la première étape est de ne pas céder à la tyrannie du harceleur : refuser par exemple d’exclure la victime d’un processus de décision ou encore montrer que les moqueries dont la personne harcelée est victime n’ont pas leurs places dans un contexte professionnel.
  • Revaloriser la victime pour lui donner la force d’en parler à une personne compétente.
  • Entendre sa souffrance.
  • Ne surtout pas jouer aux héros en proposant une médiation ou en entrainant la victime dans des démarches juridiques ou administratives non maitrisées. Le harcèlement est un mécanisme puissant qui ne doit pas être traité à la légère et sous le coup de l’émotion. Il est plus sage de passer le relai à une personne compétente et formée, comme les délégués du personnel, les RH ou la médecine du travail. En cas de doute, vous pouvez consulter un psychologue spécialisé qui pourra vous guider. Si ces acteurs sont défaillants, ce qui arrive parfois, vous pouvez alerter l’inspection du travail ou encore un conseil extérieur.

Je suis chef d’entreprise et je veux prévenir le harcèlement, que faire ?

La question de la santé, physique et psychique de vos salariés est sous votre responsabilité et vous avez, envers eux, une obligation de résultats. Ainsi, c’est à vous de garantir qu’aucun des salariés de votre entreprise ne soit victime de harcèlement.

Comment faire ?

Avant toute chose, vous devez garder à l’esprit qu’une situation de harcèlement ne peut émerger que si l’organisation du travail le permet. Il est essentiel d’inscrire votre entreprise dans une démarche de prévention primaire des risques.

Pour rappel, la prévention primaire des risques consiste à réduire les facteurs de stress professionnels en agissant directement à la source, sur les conditions de travail, le management et l’organisation du travail. La prévention secondaire propose, elle, d’apprendre aux salariés à mieux gérer leur stress (le stress est déjà là) quand la prévention tertiaire joue le rôle le pompier une fois la situation totalement dégradée (par exemple, une cellule de soutien suite à un suicide).

Cette démarche de prévention primaire des risques doit s’effectuer en articulant plusieurs axes:

  • la rédaction d’une politique de prévention des risques psychosociaux et du harcèlement en entreprise, pensée en collaboration Direction / CHSCT ou représentants du personnel
  • la formation des acteurs ressources à la prise en charge de personnes en souffrance et/ou victime de harcèlement. Ce point est indispensable pour une bonne gestion des plaintes et au cours de ma pratique, j’ai pu observer les dégâts causés par des acteurs ressources plein de bonnes intentions mais trop peu formés.
  • la diffusion et l’information au sein de l’entreprise des modalités d’alerte, des dispositifs mis à disposition et de la politique générale en matière de harcèlement

Un dernier conseil : n’hésitez pas à vous faire accompagner par un cabinet spécialisé, qui pourra vous éviter les écueils classiques et vous guider dans la création de votre politique de prévention. L’enjeu, en matière de harcèlement en entreprise, est bien de former et informer les directions et les salariés.

Que pensez-vous de ce type d’article, un peu différent et un peu plus professionnel ? Ça vous intéresse ou vous préférez quand je vous parle allaitement et crème pour la peau ?