Non, ton collègue harceleur ne veut pas te baiser


J’ai toujours trouvé que faire la vaisselle comptait parmi les activités les plus ennuyeuses du monde. Hélas, c’est une activité que je suis contrainte de pratiquer régulièrement sous peine de voir ma cuisine envahie d’assiettes sales. Dans une pauvre tentative de rendre l’activité moins déplaisante, j’ai pris l’habitude d’écouter un podcast en même temps et ce soir, j’ai écouté le dernier épisode des Couilles sur la Table, émission animée par Victoire Tuaillon et produite par Binge Audio. Ce podcast traite des questions de masculinité (j’en profite pour vous recommander chaudement l’épisode sur les grossesses non désirées du point de vue des hommes, j’ai trouvé ça passionnant) et aujourd’hui, le thème du jour était le harcèlement sexuel au travail.

Pour ceux qui ne sont pas au courant, je suis psychologue et au fil des années, je me suis spécialisée dans la psychologie du travail, plus précisément sur les notions de bien-être au travail, de Risques PsychoSociaux (RPS) et de harcèlement. En gros, mon boulot (avant l’arrivée de la Biscotte), c’était d’intervenir dans une entreprise, à la demande de la direction ou du CHSCT pour soit faire un audit des RPS soit mener une enquête suite à une plainte pour harcèlement.

Le harcèlement au travail, je vois vaguement de quoi il s’agit. Le problème, c’est que c’est un concept omniprésent aujourd’hui et pourtant assez méconnu ou du moins mal compris. Par conséquence, je m’énerve très régulièrement à la lecture d’articles de presse ou de témoignages qui manient le concept sans pour autant le comprendre et au fond, desservent la cause.

J’ai donc lancé l’épisode un peu sur la réserve, prête à m’agacer toute seule une éponge à la main.

En fait pas du tout. L’invitée du jour était Marilyn Baldeck, militante de l’Association contre les Violences faites aux Femmes au Travail et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’elle connait son sujet.

Du coup, je voudrais me saisir de ce podcast pour revenir sur certains éléments abordés durant l’émission.

Le harceleur est toujours un homme

Dans le cas du harcèlement sexuel, en effet mais n’oublions pas que des femmes peuvent harceler des femmes (ou des hommes d’ailleurs).

Le harceleur n’est pas un malade mental

Bon, en vrai, ce n’est pas vraiment vrai puisqu’on retrouve quand même un certain profil psychologique chez les harceleurs mais l’idée à retenir, c’est que le potentiel harceleur n’est pas le psychopathe chelou. Il ressemble à toi, ton père, ton mec. D’ailleurs, c’est peut-être ton père ou ton mec. Ou toi.

Le harceleur ne se vit pas comme harceleur

C’est un aspect très intéressant parfaitement mis en lumière par Marilyn Baldeck : en quinze ans de procès pour harcèlement sexuel, elle n’a vu aucun accusé avouer sa faute ou demander pardon à sa victime. Est-ce que ça veut dire que ces mecs sont des connards finis ? Par forcément mais qu’on peut être un harceleur sans en avoir conscience, d’où l’absolue nécessité de s’interroger sur son mode de fonctionnement.

Le harcèlement doit se penser dans l’organisation globale du travail

Oui, mille fois oui. Au cours de mes enquêtes, c’est probablement l’aspect numéro 1 mis en avant dans mes conclusions (je dis mes mais je travaillais avec une collègue, je le précise par honnêteté) : s’il y a harcèlement, c’est que l’organisation du travail a laissé la place. Il est de la responsabilité de l’entreprise de garantir les bonnes conditions de travail pour ses salarié.e.s. Au delà de la résolution du problème d’une personne, lorsqu’une situation de harcèlement est mise à jour, c’est tout le fonctionnement de l’entreprise et parfois même sa culture qu’il faut travailler.

Le harceleur ne cherche pas le plaisir sexuel

Merci à Marilyn Baldeck pour avoir très clairement rappelé que non, le mec qui harcèle sexuellement sa collègue, ce n’est pas parce qu’il veut coucher avec elle et qu’il ne peut pas s’en empêcher. Ou qu’il cherche à la draguer. Le mec qui harcèle, c’est le mec qui veut prendre le pouvoir.

Le terme de harcèlement est en fait un terme très ancien qui renvoie au fait d’égaliser un champ à l’aide d’une herse. Harceler, c’est couper ce qui dépasse, soumettre. L’objectif du harceleur, c’est de détruire l’autre. Pas de le draguer.

Le harcèlement sexuel au travail est une question féministe

Le plus intéressant dans cette émission, c’est la simplicité avec laquelle l’invitée a démontré que le harcèlement sexuel au travail était une question profondément féministe. En effet, si le harcèlement existe indépendamment du sexe et du genre des protagonistes, le harcèlement sexuel, dans le cadre du travail ou non, lui, est rendu possible par le fait qu’en 2017, les hommes ont le pouvoir (ou veulent le prendre).

Au fond, la lutte contre le harcèlement sexuel ne peut passer que par une profonde modification de nos représentations et des dynamiques qui sous-tendent les relations hommes/femmes. Il s’agit d’une volonté consciente, de tous les hommes, de toutes les femmes et de toutes les entreprises.

Une seule question : avons-nous envie que ça change ?

PS : si le sujet vous intéresse, dites-le moi.

Crédit photo : unsplash.com

2 commentaires

  1. Louise dit :

    Merci pour cet article qui permet de comprendre les notions de manière simple et surtout de dénoncer les raccourcis que l’on peut lire.
    Merci aussi pour le nom du podcast, je ne connaissais pas, encore un truc à mettre sur la liste des choses à regarder 🙂

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    1. Marie-Aurélie dit :

      Merci ! Et fonce pour le podcast. Les invités sont toujours très intéressants.

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